Cryptomonnaie : l’Europe s’oppose aux stablecoin

Publié le par - 0 vues

Depuis que les cryptomonnaies existent, leurs contempteurs ont dénoncé leur volatilité comme l’un des risques principaux. À présent que les stablecoin se développent et répondent à cette critique, c’est au nom de la lutte contre le terrorisme, la protection de la vie privée et la cybersécurité, que le Conseil européen lance un appel au calme. On perçoit surtout derrière ce message, un terrible aveu d’impuissance.

Des crytpomonnaies aux stablecoin

Les États (et les banques centrales) entretiennent une relation amour-haine avec les cryptomonnaies :

  • D’un côté, ils perçoivent bien l’utilité de la technologie sous-jacente, notamment sur le plan de la traçabilité des transactions.
  • D’un autre côté, ils sont terriblement effrayés par le principe même de la blockchain qui fonctionne sans registre central et, dans le monde de la finance, sans banquier central. C’est la perte de contrôle qui inquiète.

Lorsqu’ils critiquent les cryptomonnaies, les États brandissent souvent l’argument de leur volatilité.

Ils ont raison : les cryptomonnaie n’étant pas régulées, elles sont fondamentalement soumises à la loi de l’offre et de la demande, et il peut en résulter une grande volatilité. Par ailleurs, pour les mêmes motifs, les fraudes éventuelles (qui existent, il faut l’admettre) ont des conséquences démultipliées.

Concrètement, cette volatilité signifie que si mon portefeuille en cryptomonnaie vaut 1000 € aujourd’hui, il peut valoir 500 € la semaine prochaine. Le cours du bitcoin au cours des dernières années illustre bien ce risque.

C’est pour lutter contre ce phénomène désagréable que les stablecoin ont été développés : il s’agit de cryptomonnaies adossées ou liées à d’autres éléments réputés stables, ce qui diminue leur volatilité. L’élément adossé ou lié peut être un panier de monnaies officielles, des matières premières, d’autres cryptomonnaies, etc.

Les stablecoin n’ont rien inventé

L’idée d’adosser un élément volatil à une valeur stable qui lui confère indirectement cette qualité, n’a rien de neuf.

Avec la révolution industrielle et le développement du capitalisme, le monde a connu un énorme besoin de cash. La réponse a été vite trouvée : les Etats ont fait tourner la planche à billets. Puisqu’ils maîtrisent l’émission de monnaie, il leur est facile de soutenir l’économie en imprimant plus de monnaie. Ils créent artificiellement de l’inflation qu’ils espèrent contrôler, et tentent de créer de la sorte une croissance soutenable.

Pour éviter les dérapages et les risques de volatilité qui en découlent, un système d’étalon-or est mis en place à la fin du 19ème siècle : la valeur de la monnaie est définie par rapport à sa convertibilité en or. La contrainte (le coût) que représente l’achat d’or par les Etats, est supposé les empêcher d’abuser de la planche à billets.

Malheureusement, le système n’était pas très solide, autant pour des raisons politiques (le Royaume-Uni, qui dominait le monde à cette époque, ne souhaitait pas assumer la charge qui en découle) et économique (le système était impayable pour certains État qui n’arrivaient pas à accumuler les réserves d’or nécessaires).

La première guerre mondiale est passée par là, suivie du crash de 1929 et de la deuxième guerre mondiale.

Au sortir du second conflit, le monde est à genoux … sauf les États-Unis qui dominent militairement, politiquement et surtout économiquement : le pays n’a pas été touché par les destructions de la guerre qui les a, au contraire, considérablement enrichis. Le reste du monde est ruiné : les pays n’ont plus d’or et le système de l’étalon-or devient intenable.

En 1944, les accords de Bretton-Woods vont consacrer la suprématie américaine : il est décidé que toutes les monnaies seront définies en dollar, et seul le dollar sera défini en or.

Le système repose certes sur des institutions ad hoc (FMI et Banque mondiale) mais il repose surtout sur la confiance que le monde place dans la sagesse des États-Unis. Pour que ça marche, il est impératif que ceux-ci jouent le jeu en accumulant de l’or au fur et à mesure qu’ils émettent des dollars.

Cela va fonctionner pendant un temps, et permettre à l’Oncle Sam de dépenser sans compter. Il financera de la sorte son économie, sa suprématie, et les nombreux conflits que génère la guerre froide. Personne n’a intérêt à ce que le système s’enraye car la contagion serait mondiale.

Au fil du temps, les USA vont se rendre compte qu’ils peuvent quasiment tout se permettre et .. renier leur promesse : tout en continuant à émettre des quantités phénoménales de dollars pour financer son déficit, l’oncle Sam va se libérer de sa promesse d’augmenter en proportion sa réserve d’or. Indirectement, il fait payer au monde sa propre croissance et sa domination.

Les autres pays (Allemagne et France en tête) vont finir par en être irrités et, entre 1971 et 1976, le système est abandonné. Il sera remplacé par d’autres sytèmes régionaux (par exemple le SME en Europe).

Ce (bref) rappel historique démontre deux choses : d’une part, l’idée d’adosser un élément volatil (une monnaie, surtout dans un contexte inflationniste et international) à un élément stable (l’or par exemple) dans le but de réduire le risque de volatilité, n’est pas neuve : c’est même sur cette base que le système monétaire international que l’on connaît aujourd’hui s’est développé. D’autre part, cela peut certes limiter les risques, mais pas empêcher l’hyperinflation ou les crises.

Le stablecoin est l’équivalent virtuel de cette logique économique.

Le libra, porte-drapeau des stablecoin

En juin 2018, Mark Zuckerberg présente plus en détails le libra, nouveau nom du Facebook Coin.

Une des caractéristiques du libra est d’être adossé à un panier de devises traditionnelles qui doit lui donner une certaine stabilité.

C’est cette caractéristique qui explique en partie la crainte des États par rapport au libra, et les pressions exercées pour que les membres du consortium s’en retirent. Les États craignent en effet que la puissance du libra, qui découle du nombre d’utilisateurs, puisse à terme permettre à Facebook d’influencer le cours des monnaies nationales.

Le Conseil européen veut freiner les stablecoin

C’est dans ce contexte que le conseil européen et la commission européenne ont adopté, le 5 décembre 2019, une déclaration commune : « Le Conseil et la Commission déclarent qu’aucun dispositif de cryptomonnaie stable ne devrait être mis en œuvre dans l’Union européenne tant que les défis et les risques de nature juridique, réglementaire et relatifs à la surveillance n’auront pas été recensés et traités de manière adéquate. »

Plus d’infos ?

En lisant la déclaration complète, jointe en annexe.

En consultant nos actus sur blockchain ou bitcoin.

En lisant le document de la Commisison européenne sur le futur de la blockchain, disponible en annexe.

En lisant le court rappel historique sur le bitcoin.

Droit & Technologies

Annexes

Déclaration conjointe Conseil – Commission

file_download Télécharger l'annexe

Blockchain now & tomorrow (Commission européenne)

file_download Télécharger l'annexe

Blockchain now & tomorrow (executive summary)

file_download Télécharger l'annexe

Soyez le premier au courant !

Inscrivez-vous à notre lettre d’informations

close

En poursuivant votre navigation sur notre site, vous acceptez l’utilisation de cookies afin de nous permettre d’améliorer votre expérience utilisateur. En savoir plus

OK