Instagram peut-il exploiter commercialement les photos postées par ses membres ?

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Gros cafouillage. Il y a des têtes qui vont tomber dans l’équipe juridique chez Instagram. On apprend à l’occasion d’un changement du contrat d’utilisation que le site va exploiter commercialement les photos des membres. Mobilisation générale et deux jours plus tard, c’est un revirement à 180 degrés : « on s’est mal compris, ce n’est pas notre intention »

Les nouvelles règles

Le 16 décembre, Instagram (filiale de facebook), publie la nouvelle version de ses conditions générales.

On apprend qu’Instagram va échanger les infos des profils avec sa maison mère facebook : « Our updated privacy policy helps Instagram function more easily as part of Facebook by being able to share info between the two groups. This means we can do things like fight spam more effectively, detect system and reliability problems more quickly, and build better features for everyone by understanding how Instagram is used. »

Derrière l’argument d’une meilleure sécurité (probablement vrai), il y a surtout le risque du croisement de l’information et de sa réutilisation : plus on croise d’informations, plus le profilage est précis.

Mais c’est surtout une phrase en particulier attire l’attention : « Vous acceptez qu’une entreprise ou toute autre entité puisse nous payer pour afficher votre nom d’utilisateur (…) et vos photos en lien avec des contenus publicitaires ou sponsorisés, sans que cela vous donne droit à une compensation. »

Venant d’un réseau spécialisé dans le partage de photos, il y avait de quoi s’inquiéter.

Nombreux sont ceux qui y ont vu la volonté d’Instagram de concurrencer istockphoto, getty et autres banques de données de photos disponibles sur l’internet. C’est plausible : avec des millions de photos obtenues gratuitement, une telle banque de données aurait acquis d’emblée une superficie de nature à la placer dans les leaders du marché, pour un coût de constitution très faible.

Des problèmes à gogo

Limitons nous à trois exemples pour montrer à quel point ce modèle peut poser problème.

  • J’ai repris sur mon profil une photo trouvée sur internet dont je ne suis pas l’auteur. Ce n’est pas bien, mais je me dis que tant que ça reste sur mon profil ce n’est pas si grave. Si instagram l’exploite commercialement, l’auteur n’en sera pas avisé. Mon accord éventuel n’y change rien puisque par définition je ne suis pas l’auteur.
  • Je vais à l’anniversaire d’un ami. Il prend des photos de la soirée et les poste. Jusque là, pas de quoi fouetter un chat. Mais si un annonceur réutilise la photo pour sa publicité, je vais me retrouver sur des panneaux de 20m2 en rue ?
  • Je réalise un site internet, et je vais dans la banque de données d’instagram pour illustrer mon site. Je choisis une photo et la paye. Vais-je courir le risque d’être assigné par l’auteur ou par le la personne représentée sur la photo qui ne sont, ni l’un ni l’autre, au courant que la photo a été réutilisée ?

Revirement à 180 degrés

Devant le tollé général, instagram fait marche arrière et jure qu’on l’a mal compris : « Our intention in updating the terms was to communicate that we’d like to experiment with innovative advertising that feels appropriate on Instagram. Instead it was interpreted by many that we were going to sell your photos to others without any compensation. This is not true and it is our mistake that this language is confusing. To be clear: it is not our intention to sell your photos. We are working on updated language in the terms to make sure this is clear.”

Plus loin, elle indique que : “Instagram users own their content and Instagram does not claim any ownership rights over your photos. Nothing about this has changed. We respect that there are creative artists and hobbyists alike that pour their heart into creating beautiful photos, and we respect that your photos are your photos. Period.

I always want you to feel comfortable sharing your photos on Instagram and we will always work hard to foster and respect our community and go out of our way to support its rights.”

Que faut-il en penser ?

L’incident est clos. Dont acte.

Cela dit, le problème de fond demeure : les réseaux sociaux sont des sociétés ; elles visent, comme toute société, le profit. Et plus encore quand elles sont cotées en bourse.

Instagram a le mérite de le reconnaitre : “From the start, Instagram was created to become a business. Advertising is one of many ways that Instagram can become a self-sustaining business, but not the only one.”

Si l’argent ne vient des utilisateurs, il faut bien qu’il vienne d’ailleurs … les données sont,à cet égard, une source de revenus assez tentante.

Les photos, source de conflits

Les photos occupent une place centrale dans l’activité numérique des internautes : on les publie, on les partage, on les like, on les commente, on tague ses amis… Elles représentent aussi un véritable enjeu économique pour les acteurs d’internet. Comment mieux maîtriser leur publication ?

Pour répondre à cet état de fait, la CNIL a publié une série de recommandations très intéressantes, ainsi qu’une étude complète. Parmi les conseils prodigués :

  • Limitez l’accès aux photos que vous publiez sur les réseaux sociaux. ll est important de bien définir dans les paramètres de confidentialité quel groupe d’amis a accès à quelle photo ou à quel album photo. Sur Facebook, ce contrôle de l’accès peut passer par la création de liste d’amis et le paramétrage des albums photos ou de chaque photo publiée (voir comment maîtriser les informations publiées sur les réseaux sociaux).
  • Réfléchissez avant de publier une photo. Il n’est pas anodin de publier une photo gênante de ses amis ou de soi-même sur un réseau social. D’autant qu’il peut s’avérer difficile, voire impossible, de la supprimer par la suite (par exemple si elle a été copiée, ou repartagée par quelqu’un sur le même service ou un autre).
  • Demandez l’autorisation avant de publier une photo de quelqu’un. Il est préférable de s’assurer qu’une photo dans laquelle elle apparaît n’incommode pas une personne avant de la publier.
  • Contrôlez la manière dont vous pouvez être identifiés ("taggués") sur les photos dans lesquelles vous apparaissez et qui sont publiées sur les réseaux sociaux. Il est possible de paramétrer la façon dont vous pouvez être taggué de manière à : Déterminer les contacts ou liste de contacts autorisés à vous identifier ; Recevoir une alerte lorsqu’un contact souhaite vous identifier afin de l’approuver (ou non) ; Etre alerté lorsque vous êtes identifié dans une photo / publication.

Plus d’infos ?

En lisant l’étude complète de la CNIL sur la place des potos dans l’univers numérique.

Droit & Technologies

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