Le Parti Pirates fait un tabac aux élections régionales en Allemagne

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Le Parti Pirates a récolté hier près de 10% des votes dans une élection régionale à Berlin. Il obtient ainsi 15 sièges au parlement régional. En Suède, un adulte sur quatre âgé de moins de trente a voté pour ce parti. Depuis deux ans, ce parti dispose aussi d’un représentant au Parlement européen. On ne peut plus parler de réaction épidermique mais de mouvement contestataire.

L’origine et le programme

Le Parti Pirates est un parti politique suédois fondé en 2006. 

Son programme est assez simple, et très orienté NTIC : il souhaite diminuer les droits de la propriété intellectuelle, comme le copyright, les brevets et la protection des œuvres. Il veut aussi renforcer les libertés individuelles, à commencer par la protection de vie privée sur l’internet.  On peut ainsi lire, au gré des blogs, la Déclaration de Principes du Parti Pirates Suédois, présenté comme le « texte fondateur dans lequel chaque Parti Pirates se reconnait et se réfère » : 

Les trois principes fondamentaux de notre action sont la protection des droits des citoyens, la libération de la culture et la conscience que les brevets et les monopoles sont nuisibles au fonctionnement de notre société.

Notre société est devenue celle du contrôle et de la surveillance, où chaque citoyen est fiché et espionné. Il n’est pas dans l’intérêt d’un système judiciaire moderne de considérer, a priori, le citoyen comme un suspect qu’il faudrait surveiller en permanence. Toute démocratie implique le respect des droits fondamentaux des citoyens.

 Les Droits d’Auteur (Copyright) ont été créés à l’origine, pour encourager la création, le développement et la distribution des oeuvres culturelles, et nécessitent un juste équilibre entre la mise à disposition et la diffusion et le respect des droits des créateurs et leur juste rémunération. Nous affirmons que le système actuel des Droits d’Auteur n’est plus équilibré. Accéder librement à la culture profiterait pourtant à l’ensemble de la société. Cependant, les restrictions importantes et systématiques engendrées par les lois sur les Droits d’Auteur nuisent à de tels objectifs, en limitant à la fois la création et l’accès à la culture.

Les monopoles privés sont un des pires maux de notre société moderne car ils conduisent immanquablement à une hausse du coût des oeuvres culturelles et à d’importants coûts dissimulés aux citoyens. Par ailleurs, les brevets ne sont à l’arrivée qu’une mainmise sur les idées. C’est ainsi que de grandes entreprises ne cessent de déposer des brevets, afin d’empêcher les concurrents de moindre importance de pouvoir se développer de manière équitable. En effet, le but de ces grandes entreprises est, non pas d’adopter une politique de prix en fonction de la demande, mais d’utiliser ces brevets comme un levier, afin d’augmenter les prix à la vente et d’imposer des mesures sévères concernant l’utilisation des licences. C’est pour cette raison que nous voulons limiter l’influence de tels monopoles, que nous considérons comme dangereux et superflus.

Le système de Marque Déposée (Trademark) est un système qui fonctionne bien, en tant que moyen de défense des intérêts des consommateurs, et nous ne nous opposons pas à un tel système. 

Au départ, le Parti Pirates n’est donc ni vraiment de gauche, ni vraiment de droite, mais orienté résultat sur quelques points bien précis.

Le succès grandissant

Depuis lors, le Parti Pirates a percé un peu partout en Europe. Cela l’a obligé à étoffer son programme politique et à prendre position sur diverses questions éloignées de son centre d’intérêt original. Il l’a fait dans un sens que les observateurs qualifient généralement de gauche.

Le succès est autre du à la blogosphère très active et aux réseaux sociaux : sites, murs  et blogs de soutien apparaissent un peu partout, où l’on voit des tentatives assez claires de récupération qui proviennent essentiellement des milieux altermondialistes, tiers-mondistes, ou d’extrême gauche.

La consécration politique

Ce qui n’était qu’un épiphénomène a pris des proportions significatives en 2009, quand les élections suédoises en ont fait le troisième plus gros parti suédois en nombre de membres. Et cela risque de durer car la branche étudiante de ce parti est ni plus ni moins la plus grosse organisation politique des jeunesses suédoises. 

Dans le cadre des élections européennes, Christian Engström (49 ans) a obtenu un siège à Strasbourg en récoltant 7.1% des voix. 

La mouvance vole de succès en succès. Des Partis Pirates ont été fondés dans plusieurs Etats et y connaissent un succès qui ferait pâlir d’envie des formations anciennes mais en en perte de vitesse.

Le 18 septembre 2011 est une date qui restera dans les annales du mouvement des Partis Pirates. Le parti allemand a en effet obtenu le score de 8,9% des suffrages exprimés dans l’élection régionale de la ville-État de Berlin ! En plus de se classer comme cinquième force politique, le Piratenpartei a franchi le seuil de 5% des voix pour être représenté au Parlement de l’État de Berlin. Il obtient ainsi une quinzaine de sièges, une première dans une assemblée de ce type.

Commentaires

Au début, nombre d’observateurs y voyaient une réaction à l’affaire PirateBay, qui a vu les fondateurs du site peer to peer condamnés sévèrement (un an de prison et 3 millions d’euros d’amende).

Cela a certes contribué, mais il serait sans doute réducteur de n’y voir que cela. 

En Suède, un adulte sur quatre âgé de moins de trente a voté pour ce parti. Tous ne sont pas des ados frénétiques de l’informatique, des Geeks, vissés à leur clavier tout occupés à échanger les derniers tubes sur les réseaux peer to peer. 

Les résultats allemands vont dans le même sens.  Il y a évidemment de jeunes adultes techno-frénétiques qui ont soutenu le mouvement, mais pas seulement.

Pour beaucoup, voter pour ce parti devient petit à petit une manière responsable de voter contestataire.

Vote « responsable » car le parti est, nonobstant son appellation, classé parmi les formations « fréquentables ».  

Vote « contestataire » car le programme s’inscrit parfaitement dans une mouvance qui s’affirme depuis plusieurs années et qui a trouvé dans la crise économique un allié de choix. Le Parti Pirates souhaite ainsi « développer des modèles culturels, sociaux, économiques, et institutionnels modernes, justes et transparents », et « réorganiser à l’échelle mondiale un développement solidaire, soutenable et équitable ».  

Pour comprendre le phénomène, il faut donc scinder deux aspects : d’une part la propriété intellectuelle, et d’autre part la protection des individus au sens large (y compris des notions émergentes tel le droit à dignité, le droit à un avenir, le droit à un travail, etc.). 

Si le premier sujet est sans conteste celui qui fait le plus de bruit et reste le fer de lance de la formation, il est probable que c’est le second qui inquiète et intéresse au premier chef les électeurs âgés de 18 à 35/40 ans qui conjuguent une sensibilité forte aux technologies et une inquiétude croissante quant à leur avenir.

Droit & Technologies

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