Le vote du Sénat a officialisé la loi sur la confiance dans l’économie numérique, initialement adoptée par l’Assemblée nationale le 6 mai. Sans modifications, le texte est désormais finalisé, mais une ombre plane sur son avenir : l’opposition, notamment le Parti socialiste, envisage de saisir le Conseil Constitutionnel pour contester certaines dispositions. Parmi les points de discorde figure la responsabilité des hébergeurs, qui devront retirer ou rendre inaccessibles des contenus jugés illicites. Cette obligation suscite des inquiétudes quant à la liberté d’expression, le législateur risquant de les placer dans le rôle de « juge de proximité », ce qui pourrait dépasser leurs prérogatives. Un autre sujet de tension concerne les courriels, considérés par les députés socialistes comme relevant de la correspondance privée. Leur exclusion de cette protection pourrait violer l’article 34 de la Constitution, qui garantit les libertés publiques. Enfin, la loi propose un délai de prescription différent pour les publications en ligne, fixant une période de trois mois après mise à disposition du public, contrairement aux trois mois après publication pour les délits de presse traditionnels. L’opposition y voit une discrimination entre les supports et une atteinte à la non-rétroactivité des peines. Ces questions cruciales seront bientôt tranchées par le Conseil Constitutionnel, qui devra agir rapidement pour clarifier la situation juridique entourant cette nouvelle législation.
Nous y sommes ! Après l’Assemblée nationale le 6 mai, la loi sur la confiance dans l’économie numérique vient d’être votée par le Sénat aujourd’hui. La loi a été votée telle qu’elle avait été transmise aux sénateurs par les députés de l’Assemblée. Aucune modification n’a été apportée au projet. En effet, seule la numérotation des dispositions a été revue, bref une finalisation du texte.
Une question de taille demeure toutefois : les députés de l’opposition vont-il attaquer le texte devant le Conseil Constitutionnel, comme ils en ont déjà proféré la menace ? A en croire, certaines actualités, il semblerait que le parti socialiste saisira d’office le conseil constitutionnel.
Passons brièvement en revue les principales dispositions susceptibles d’être critiquées au regard de la Constitution :
Les Hébergeurs : responsables ou non ?
Le fait de mettre à la charge des hébergeurs une obligation de retrait des données, mises en ligne par un tiers, présumées illicites, ou bien, à défaut de retrait, les obliger à rendre ces données inaccessibles, est jugée par certrains comme contraire à la liberté d’expression.
Cette disposition, contenue dans l’article 6 relatif aux prestataires techniques, a pour objectif de mettre les hébergeurs face à une obligation de contribuer à la lutte contre la diffusion de certaines infractions de presse (ex : apologie de crimes contre l’humanité, incitation à la haine raciale, pornographie enfantine, etc…).
Ici, le législateur semble imprégné de grandes affaires qui ont, récemment, fait jurisprudence, telle que l’affaire Yahoo !.
Il appartiendra donc au Conseil Constitutionnel de contrôler cette disposition afin de déclarer si oui ou non, les hébergeurs sont érigés au rang de « juge de proximité » ce qui, dans ce cas, irait au -delà de leurs prérogatives.
Le courrier électronique : correspondance privée ?
Selon les députés socialistes, ne pas prévoir que les courriels relèvent de la correspondance privée porte atteinte au droit au respect du secret de la vie privée. En ce sens, la LEN ne serait pas conforme à l’article 34 de la Constitution, qui précise que la loi doit nécessairement « fixer les garanties fondamentales accordées aux citoyens pour l’exercice des libertés publiques ».
Il appartiendra donc au Conseil de juger s’il est nécessaire que la LEN rappelle la loi du 30 septembre 1986 relative à la liberté de la communication, qui reconnaît qu’un courriel relève de la correspondance privée.
Un délai de prescription différent : régime discriminatoire pour la communication en ligne ?
Enfin, l’opposition refuse l’application, aux publications sur l’internet, d’un délai de prescription, en cas de litige, différent (3 mois suivant la fin de la mise à disposition du public du texte en infraction) de celui prévu par la loi du 29 juillet 1881, en matière de délit de presse (3 mois après la publication).
Ils considèrent que cela porte atteinte au principe d’égalité des supports, voire même une atteinte au principe de non-rétroactivité des délits et des peines.
C’est donc sur ces trois points principaux que le Conseil Constitutionnel devra statuer, et ce rapidement..
Vous avez besoin d'un avis personnalisé
ou d'une aide juridique ?