Galileo est sur orbite

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Le lanceur Soyouz chargé des premiers satellites Galileo a décollé aujourd’hui. Le système européen de géo-localisation, concurrent de l’américain GPS, a été raillé et presque abandonné, symbolisant l’incapacité de l’Europe à s’entendre sur un gros chantier commun. Repris en 2007 par l’Agence spatiale européenne sur fonds public, il entre en phase active avec le lancement des premiers satellites. Galileo verra donc le jour, pas plus tard qu’en 2014 avec une précision nettement supérieure au GPS civil.

Ca y est, les premiers satellites opérationnels sont partis à bord du lanceur russe Soyouz (Ariane 5 n’est pas rentable pour ces charges trop légères). Ils rejoignent ceux lancés en janvier 2006 à titre expérimental. Ces magnifies machines volent à 23.000 km au-dessus de notre tête et permettent au « GPS européen » d’entrer en phase active.

Pour le commun des mortels, les applications devraient être accessibles d’ici 2014.

Galileo : des investissements colossaux

Galileo est, à terme, financièrement intéressant. Si l’on en croit les études, on parle d’un rendement sur investissements de 4,6 : des bénéfices près de 5 fois supérieurs aux investissements consentis ! On estime que 1,8 milliards de clients (aussi bien des personnes physiques que des machines géo-localisées) utilisaient des systèmes de géo-localisation en 2010, et que ce nombre devrait plus que doubler d’ici 2020. Toujours en 2020, le marché mondial total de la localisation et de la navigation par satellite devrait représenter pas moins de 2.500 milliards d’euros …

Des chiffres qui tournent le vertige. Mais, quel que soit le return, il reste que les investissements sont pharaoniques !

Le budget complet de Galileo représente plus de 4 milliards d’euros (sans compter sur les dépassements de budget, quasi inévitables dans un projet de cette envergure).

L’investissement est tellement grand que les états européens se sont déchirés sur le financement de Galileo, chacun voulant mettre le moins possible sur la table tout en espérant les retombées les plus élevées possible.

Comment financer tout cela ?

Au départ, les plans prévoyaient un financement privé : un consortium (EADS, Thales, Inmarsat, Finmaccanica, AENA, Hispasat, Deutsche Telekom), devait financer le projet, et recevait en échange le monopole de son exploitation.

Malgré les perspectives alléchantes de retour sur investissement, le consortium a refusé : trop gros, trop lourd.

Il restait alors à financer sur fonds publics, ou arrêter le projet.

  • Arrêter aurait été humiliant pour l’UE, outre que les raisons politico-stratégiques qui ont justifié Galileo sont toujours valables. Le Commissaire européen était toutefois prêt à le faire s’il n’y avait pas un accord sur le financement.
  • Financer sur fonds publics était hasardeux car plusieurs Etats y mettaient un veto, l’Allemagne en tête.

Finalement, c’est bien un financement public qui a permis au projet d’aboutir. Tel est le compromis trouvé en 2007 grâce à des crédits non dépensés sur la politique agricole commune.

Le compromis n’a été possible que grâce à une savante clé de répartition des retombées industrielles.

Premier élément de l’accord : le programme est divisé en 6 segments, avec pour chacun d’eux un chef de file qui chapeautera le volet concerné, ainsi qu’une règle de non-cumul qui interdit plus de deux lots par groupe. Les 6 segments sont : satellite, lanceur, logiciel, relais au sol, centre de contrôle, gestion de l’ensemble.

Le non-cumul ne sera pas simple à appliquer. Prenons par exemple le cas d’EADS. EADS Astrium, repartie entre le Royaume-Uni, la France et l’Allemagne, sera probablement intéressée à la construction des satellites et elle est probablement la mieux placé pour cela. Mais il faudra lancer ce satellite ! Ce lancement, en l’état actuel, ne peut être opéré que par Arianespace, opérée par EADS. Les arbitrages, y compris à l’intérieur des groupes, ne seront pas simples.

Pour mieux éclater les retombées économiques, l’accord prévoit une obligation de sous-traitance à hauteur de 40% dans le but de faire participer un maximum de PME européennes.

Il ne s’agira pas que de PME européennes : il est possible de faire appel à des fournisseurs non-européens, à condition toutefois que l’on puisse justifier cela en termes de qualité ou de coût.

Finalement, c’est l’agence spatiale européenne qui a été désignée maître d’œuvre, et c’est donc à elle que revient la responsabilité de gérer l’appel d’offre, de sélectionner les candidats, de conclure les contrats et de superviser l’ensemble.

Flash back. Pourquoi un concurrent européen au GPS américain ?

Depuis plusieurs années, la géo-localisation mondiale est assurée par le système américain GPS. Ce système bien connu, qui équipe de plus en plus de véhicules et autres matériels mobiles comme les téléphones et PDA, trouve son origine dans un projet militaire américain.

Les militaires ont toujours eu la maîtrise du système GPS, ce qui explique notamment que l’armée américaine peut en tout temps interrompre le service si ses besoins l’exigent.

Pendant la guerre du Golfe, il est arrivé plusieurs fois que des systèmes civils greffés sur le GPS aient été interrompus car les opérations militaires en cours nécessitaient toute la ressource du système … ou une discrétion totale.

Cette maîtrise militaire explique également que personne aujourd’hui n’est capable d’affirmer avec précision la puissance exacte du système GPS. On sait que dans ses applications civiles, GPS permet une géo-localisation à quelques mètres près, mais il se murmure que le système est volontairement « castré » lorsqu’il s’agit d’applications civiles, seuls les militaires ayant accès à l’utilisation complète qui permettrait une géo-localisation beaucoup plus précise. Par définition, personne, sauf les haut-responsables américains, n’est en mesure de dire si cette rumeur relève du fantasme ou non.

Toujours est-il que l’Europe a très vite marqué sa volonté de créer son propre système, car si elle veut être à terme une puissance militaire et politique mondiale, elle ne pouvait accepter de dépendre du bon vouloir de l’armée américaine pour toutes ses opérations de géo-localisation.

Galileo a eu le don d’irriter au plus haut point les autorités américaines, qui n’ont officiellement pas compris pourquoi l’Europe se lançait dans un projet concurrent au GPS. Les Etats-Unis ont effectué un lobby extrêmement important pour tenter de freiner le projet, voire de le stopper. Ils ont ainsi pris contact avec plusieurs états européens qui, lors des discussions qui se sont tenues il y a quelques années, ont parfois menacé de bloquer l’ensemble du projet.

Conséquence du caractère civil de Galileo, sa précision est connue : 3 à 4 mètres en application standard (10 mètres por le GPS), et moins d’un mètre en application premium (applications payantes, services de secours, etc.)

Galileo et GPS sont heureusement compatibles

Heureusement, malgré l’opposition américaine, les systèmes sont compatibles : en utilisation combinée, l’utilisateur ne sait pas si son système accroche un satellite GPS ou un satellite Galileo (sauf en termes de précision de la géolocalisation, à moins que les américains augmentent un peu celle du GPS en version civile), et le système est capable de changer de l’un à l’autre sans qu’on s’en rende compte.

A quoi servira tout ce système ?

Les applications sont innombrables.

Outre les systèmes désormais classiques, tel les GPS qui équipent de plus en plus de véhicules pour aider la navigation, on songe à des applications industrielles dans les transports, les télécommunications, l’agriculture et la pêche : migration des troupeaux, gestion des jachères, gestion des trafics dans les villes surchargées, surveillance des pollutions, etc. Les conteneurs qui traversent le monde seraient localisables à chaque instant, tout comme les bateaux, les véhicules, et en réalité tout ce qui bouge.

On peut même imaginer un système dans lequel les autobus des services public seraient géo-localisés en permanence, les utilisateurs recevant un SMS, en fonction de l’endroit où ils se trouvent, les avertissant du passage dans X minutes à l’arrêt le plus proche, avec un message les guidant jusqu’à cet arrêt.

Les services de secours sont également des gros consommateurs, car il leur arrive souvent de recevoir des appels de détresse sans que la personne ne soit en état de donner avec précision sa situation géographique.

Bien entendu, les applications militaires sont aussi nombreuses, à commencer par le guidage des militaires lors d’opérations, ou le pilotage des avions sans pilote et des missiles.

Droit & Technologies

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